Chauffages, ma vie

Maiso, jardin bien être famille

On me reprochera peut-être de parler d’autre chose que ..

On me reprochera peut-être de parler d’autre chose que de littérature sur ce blog, mais aux dernières nouvelles ce site est à moi, et j’y fais donc encore ce que je veux. Contrairement à la vraie vie. Je commence à être un peu fatiguée, agacée, usée (aucune mention inutile à rayer) de voir à quel point notre société prône une liberté illimitée tout en la bafouant aussi impunément. 
Je ne sais pas vraiment si je suis féministe, est-ce que c’est une maladie diagnosticable ? Est-ce que c’est grave ? Est-ce que, même pire, c’est contagieux ? Tout ce que je sais, c’est que la question suscite de bien nombreux débats, et que je ne fais partie ni de celles qui méprisent les hommes, ni des rétrogrades préconisant la place de la femme entre la cafetière et le micro-ondes. Je suis de celles qui en veulent autant aux femmes qu’aux hommes pour les petites leçons de sexisme ordinaire du quotidien. Je suis de celles qui ne vont pas pleurer d’être une femme en disant que c’est trop dur, ou que nous sommes les victimes d’un système. Parce qu’avant d’en être les victimes, nous en sommes aussi les architectes, de manière parfaitement équitable avec nos homologues masculins.

Quand je lis des articles (comme celui-là par exemple), avant de bondir, je m’interroge. D’abord, le rédacteur ne fait-il pas preuve d’un second degré douteux ? Apparemment pas. Si l’on donne des conseils aux femmes, c’est que nous sommes en danger, c’est pour notre bien, pour nous protéger. Mais de quoi ? D’être, tout simplement. Attention, nous dit-on, les prédateurs sont partout, il faut donc agir en conséquences. Ne pas trop se dévêtir, ne pas trop boire, ne pas se promener seule, ne surtout pas exposer son corps, de quelque manière que ce soit. Epoque des libertés bénies, n’y aurait-il que les hommes pour être libres ? Un autre l’a dit avant, « Homme libre, toujours tu chériras la mer », mais femme libre, tu la chériras encore plus avec un pantalon, et un pull, et une cagoule.

Y a-t-il pire forme d’oppression que celle sournoise et insidieuse des traditions, des a priori, des stéréotypes ? Je suis une femme, libre, avec des droits. Formidable ! Déjà je dis merci, c’est bien aimable de me considérer comme un être à peu près humain et évolué. Suffisamment en tout cas pour avoir un travail, voter, gagner de l’argent et conduire une voiture. Mais apparemment pas assez pour pouvoir choisir comment je m’habille, la quantité d’alcool que je bois ou même les lieux où j’ai envie de me balader. Pauvres petites créatures sans défense, il nous faut un chaperon pour nos sorties nocturnes ! Une vieille camériste voilée de noir nous suivant à quelques mètres, pour nous protéger des mâles, mais surtout de nous-mêmes, de nos charmes, de nos attraits. Vous comprenez, une épaule un peu trop nue risquerait de faire perdre le contrôle au plus courtois des galants.

Je lance donc une alerte « morale judéo-chrétienne ». Plusieurs milliers d’années après que cette « petite cagole » d’Eve ait fauté, la femme est toujours la même vile tentatrice, assoiffée de stupre, visant uniquement à corrompre l’âme des plus purs. Et ces pauvres hommes, si faibles, si proches de leur instinct, incapables de résister à la tentation, il faudrait presque les pardonner. La femme pèche (et l’homme mange le poisson). Plaire est une vanité, la fautive doit donc être punie pour avoir voulu être regardée. Et même quand elle n’a rien voulu du tout, fallait-il donc qu’elle ait tous ces seins, ces cuisses, ces fesses ? Ca ne vous donne pas envie de vomir, vous, que l’on puisse manquer de respect à une femme jusqu’au plus profond de son intimité, en se servant comme on le ferait dans un buffet, et que l’on trouve ensuite plus à redire sur la taille de sa jupe ou sur le nombre de verres qu’elle avait bu ? Si vous m’invitez dans votre jardin, est-ce que je vais rentrer chez vous, fouiller tous vos placards, prendre vos bijoux, découper les photos de vos enfants et après dire : Mais vous aviez laissé la porte ouverte, c’est que vous cherchiez un peu, non ?

Payer pour les autres parce qu’ils ne sont pas capables de réfréner leurs pulsions animales, c’est inadmissible. Porter un jugement de valeur sur une femme en fonction de la taille de ses vêtements, c’est inacceptable. Dire qu’une fille « l’a bien cherché », c’est un non-sens. On peut chercher à avoir un rapport sexuel, à faire l’amour, à séduire, à baiser. On ne cherche jamais à être violé. Est-ce que vous cherchez à vous faire tuer, cambrioler, racketter, renverser par une voiture, choper la gangrène ? Est-ce que vous cherchez à vivre une situation qui vous fera du mal ? Et pourtant, dans la bouche des hommes comme des femmes, beaucoup de victimes d’agressions sexuelles le « cherchent », Parce que ça rassure, parce que nous on n’est pas comme ça, parce qu’il faut bien qu’il y ait des personnes à qui ça arrive et tant que ce n’est pas nous, tout va bien. Parce que dans notre inconscient collectif, ces filles-là en ressortent salies, parce qu’il faut mettre une barrière entre elles et nous, comme on le ferait avec un animal enragé. Les mettre au même niveau que nous, enlever la barrière, la frontière, c’est admettre que ça pourrait aussi nous arriver, et ça fait peur, alors autant leur filer une crécelle et les mettre au ban.

Sérieusement, il va falloir encore attendre combien de temps avant de focaliser notre dégoût des autres sur le coupable et pas sur la victime ? Devoir s’habiller, boire, sortir, vivre, en tenant compte du comportement potentiel de certaines personnes, c’est accepter le fait que le problème vienne de nous, et pas d’eux. Je ne peux pas mettre cette robe parce que je risque de me faire violer, ça signifie « j’accepte de devoir modifier mon comportement, être quelqu’un d’autre que celle que j’ai envie d’être, m’excuser en permanence d’être qui je suis et me cacher, cacher mon corps, cacher mes formes afin de les gommer autant que possible, devenir une entité neutre, non genrée, renier que je suis une femme. » Et on nous parle de libertés ?

Si un de mes amis (un homme, par exemple) finit sa soirée dans un état d’ébriété avancé, s’il se balade en caleçon devant moi, vais-je me transformer en bête assoiffée de sexe, vais-je lui faire sauter ses fringues et son statut d’être humain afin de satisfaire une pulsion animale ? Il se trouve que non. Est-ce trop demander aux hommes que d’avoir les mêmes égards ? Apparemment oui. Mais n’allez pas vous méprendre, je ne considère pas tous les hommes comme des prédateurs sexuels. Il serait trop facile, trop réducteur, de les mettre tous dans le même sac. J’en ai juste plus qu’assez d’entendre toujours les mêmes refrains, serinés sur le ton condescendant des gens à qui il n’arrive rien.

Je veux bien être prudente, ne pas accepter de bonbons de la part des inconnus, ne pas monter dans la voiture d’un monsieur que je ne connais pas, mais si je dois sortir uniquement lorsque le soleil brille, porter des pantalons et des sweats-shirts amples à longueur d’année et me faire toujours accompagner de plusieurs personnes afin d’éviter tout risque, je pense qu’à un moment je vais aussi arrêter de vivre. On ne peut pas vivre dans la peur constante de l’autre, ou agir toujours en fonction de ce qui pourrait arriver de pire. Nous n’avons rien fait de plus que d’être nées femmes, alors pourquoi ne pas se poser les bonnes questions, et commencer par blâmer les vrais responsables des agressions sexuelles, c’est à dire les agresseurs eux-mêmes ?

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Cette entrée a été publiée le juin 21, 2016 par .
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